Les dangers de l'hypertype

Comme dans tous les domaines, l'excès dans la sélection génétique des races de chiens est source de problèmes. Certaines pathologies sont directement liées à la recherche des " hypertypes " au sein d'une race. Le professeur Bernard Denis, agrégé de zootechnie, en a présenté quelques unes dans son livre "Génétique et sélection chez le chien".
Ainsi parfois, le mieux est l'ennemi du bien…




La sélection poussée à l'extrême de certains traits de standards de races canines peut conduire à des effets néfastes insoupçonnés. Si l'essence même d'une race nécessite un travail de sélection, il convient d'être rigoureux et modéré. Le Professeur Bernard Denis rapporte, dans son ouvrage "Génétique et sélection chez le chien", que « lorsque la sélection accentue le type morphologique dans son ensemble, ou un élément de morphologie seulement,(…) même si celle ci est considérée comme esthétique, les conséquences pathologiques sont parfois loin d'être anodines ». Et on assiste à la naissance de maladies au sein de certaines races qui n'avaient jamais été déclarées avant, comme la dysplasie du coude, de plus en plus fréquente chez les terre­neuves " nanifiés ". Les parties du corps du chien les plus sujettes à discussion dans les standards sont la tête, les yeux, l'arrière train et le fouet. Souvent on recherche une tête volumineuse, notamment chez certains brachycéphales comme le Bulldog. Mais comme cette caractéristique est souvent associée à un bassin étroit, les dystocies sont fréquentes lors des mises bas qui ne peuvent donc se faire sans césariennes.
Les yeux sont aussi susceptibles d'être exagérément " modifiés ". Chez le Saint Hubert on recherche clairement ce que les vétérinaires définissent comme un ectropion, c'est à dire des paupières inférieures lāches et affaissées ! D'autres races chez lesquelles on privilégie les yeux volumineux et proéminents (Pékinois, Carlin…) peuvent être victimes de traumatismes et luxation. A l'inverse, des yeux petits et enfoncés (Cairn Terrier, Mastiff…) favoriseront les entropions, ectropions et trichiasis.



Faire la chasse aux excès

L'arrière train du chow­chow, avec ses membres postérieurs parfaitement droits responsables de sa démarche " en échasse " est un autre exemple de ces excentricités " standardisées ". Des anomalies ont fait prendre conscience aux clubs de races de la nécessité de faire parfois marche arrière. Ainsi, aux queues " croquées ", responsables de dermatites infectieuses et de gênes lors de la défécation, qui étaient autrefois recherchées chez les Bulldogs, on préfère maintenant un fouet normal. Malheureusement, cette particularité est encore d'actualité dans d'autres races comme le Boston Terrier ou le Bouledogue Français. Le professeur Bernard Denis recense une quarantaine de races susceptibles d'être victimes de telles anomalies liées à l'hypertype. D'autres particularités sont responsables de gêne respiratoire (ultra concavité chez les brachycéphales), d'otites (oreilles poilues longues et tombantes du Cocker) ou autres maladies. Même si ces chiens hypertypés ont la faveur du public, friand de tout ce qui sort de l'ordinaire, il convient de ne pas les encourager et au contraire de les combattre. Bernard Denis fait appel aux clubs de races afin qu'avec l'aide d'un vétérinaires ils conduisent une analyse critique détaillée du standard des races et repèrent les excès gênants pour le chien. Il ne s'agit cependant bien évidemment pas d'uniformiser toutes les races sur un modèle unique, mais d'opérer une sélection raisonnable et compatibles avec de bonnes conditions de vie pour l'animal. Un travail pour l'AVBC…


Maud Lafon

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